FORMATION PERMANENTE DES PRETRES
Lomé, le 12 juin 2008-06-09
Paul, l’apôtre des nations
Par P. Dieter Eduard Skweres SVD
Le 28 juin 2008 commencera l’année dédiée à St Paul, et elle se terminera le 29 juin 2009. Le pape Benoît XVI l’a décrété ainsi. C’est dans ce cadre qu’on m’a proposé de traiter le thème « Paul, l’apôtre des nations ». Paul lui-même se donne ce titre en Rm 11,13 : « Je suis bien l’apôtre des nations et j’honore mon ministère. » « Nations » veut dire « nations païennes ». Car le terme redonne le mot hébreu « gôyîm » qui signifie les peuples païens par rapport au peuple d’Israël. Je suis donc supposé de vous parler des activités de Paul et de ses souffrances parmi les païens, de ses voyages missionnaires, de sa méthode d’évangélisation, des communautés qu’il a fondées, de ses coopérateurs et coopératrices ainsi que des lettres qu’il a adressées aux communautés fondées par lui. Mon exposé suit l’ordre chronologique, à partir de sa conversion sur le chemin de Damas
1°) Le temps avant ledit « Concile » des Apôtres
a) Paul en Arabie
Immédiatement après sa conversion à Damas, Paul s’est rendu en Arabie : « Quand Celui qui dès le sein de ma mère m’a pris à part et appelé par sa grâce, daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang, sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas » (Ga 1,15-17). Par cette information, Paul veut souligner qu’il n’est pas allé à Jérusalem pour y recevoir l’Evangile qu’il prêche. Non, il l’a reçu par une révélation directe du Ressuscité. Après cette révélation, il s’est donc rendu en Arabie. Mais l’Arabie, c’était où ?
Il est probable qu’il s’agisse du pays des Nabatéens au sud de Damas, à l’est du Jourdain. En effet, Flavius Josèphe appelle cette région presque désertique, « Arabie ». Le roi qui y régnait de 9 av. jusqu’à 40 apr. J.-C. était Arétas IV. Paul le mentionne en 2 Co 11,32 : « A Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville des Damascéniens pour m’appréhender, et c’est par une fenêtre, dans un panier, qu’on me laissa glisser le long de la muraille, et ainsi j’échappai à ses mains. » La résidence du roi Arétas était dans la ville de Pétra (en Jordanie actuelle).
Pourquoi Paul s’est-il rendu en Arabie après sa conversion ? Pour y trouver un temps de réflexion après tout ce qui s’était passé ? Ou déjà pour évangéliser ? Il y avait, en effet, des communautés juives avec leurs synagogues dans les villes de Pétra et de Zoar. Des Juifs ou des prosélytes d’Arabie sont mentionnés parmi ceux qui écoutaient le discours de Pierre à la Pentecôte. Paul est resté environ deux ans en Arabie où il a donc probablement annoncé l’Evangile du Christ dans les synagogues. Puis, il est retourné à Damas. Or, à Damas où il a sûrement prêché l’Evangile aux Juifs et aux prosélytes, il a risqué sa vie et a dû s’enfuire. Cette fuite a dû avoir lieu avant l’an 40 apr. J.-C., car, comme je l’ai déjà dit, Arétas IV régnait de 9 av. jusqu’à 40 apr. J.-C. Paul n’est jamais plus retourné à Damas plus tard. Pour lui, une étape de ses activités était terminée.
b) Paul à Jérusalem
En Ga 1,17-19, nous lisons : « …Je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas. Ensuite, après trois ans, je montai à Jérusalem rendre visite à Céphas et demeurai auprès de lui quinze jours ; je n’ai vu d’autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur. » La raison pour laquelle Paul s’est rendu à Jérusalem était « rendre visite à Céphas ». « Céphas » est le nom araméen pour « Pierre » qui exprime donc le ministère de Simon-Pierre. Pourtant Paul n’y allait pas pour que Pierre confirme son ministère d’apôtre ni l’Evangile qu’il prêchait, car il était sûr que « l’Evangile que j’ai annoncé n’est pas à mesure humaine : ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une révélation de Jésus Christ » (Ga 1,11-12). Malheureusement nous ne savons pas de quoi les deux, Paul et Pierre, ont parlé. En tout cas, il est à supposer que le séjour de deux semaines à Jérusalem avait convaincu Pierre que « le persécuteur de naguère annonçait maintenant la foi » (Ga 1,23). A Jérusalem, Paul a aussi rencontré Jacques, le frère de Jésus, celui-là qui devait devenir son grand opposant en ce qui concerne sa façon d’évangéliser les païens.
Ac 9,26-30 précise un peu plus le séjour de Paul à Jérusalem en disant : « Arrivé à Jérusalem, il essayait de se joindre aux disciples, mais tous en avaient peur, ne croyant pas qu’il fût vraiment disciple. Alors Barnabé le prit avec lui, l’amena aux apôtres et leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et avec quelle assurance il avait prêché à Damas au nom de Jésus. Dès lors il allait et venait dans Jérusalem, prêchant avec assurance au nom du Seigneur. Il s’adressait aussi aux Hellénistes et discutait avec eux ; mais ceux-ci machinaient sa perte. L’ayant su, les frères le ramenèrent à Césarée d’où ils le firent partir pour Tarse. »
Barnabé, originaire de Chypre, est devenu le grand coopérateur et ami de Paul. Il était un personnage très important et à Jérusalem et à Antioche. Il était donc la personne indiquée pour l’introduire dans les deux communautés. Il faut encore ajouter ceci : Pour Paul, Jérusalem n’était pas n’importe’ quelle ville. Non, Jérusalem où Jésus fut crucifié et est ressuscité, avait pour Paul, une signification théologique. Cela est bien exprimé en Rm 15,19 : « Ainsi depuis Jérusalem en rayonnant jusqu’à l’Illyrie, j’ai procuré l’accomplissement de l’Evangile de Jésus Christ. »
c) Les premières tentatives missionnaires ou le 1er voyage missionnaire
En Ga 1,21, Paul dit : « Ensuite (c’est-à-dire après son séjour à Jérusalem), je suis allé en Syrie et en Cilicie. » Le centre de la Syrie était la grande ville d’Antioche, celui de la Cilicie, était Tarse, la ville où Paul était né. Là, Paul est resté et a oeuvré à peu près quatorze années durant. « Ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi » (Ga 2,1). En Arabie, Paul était probablement seul. Mais maintenant, quand sa vraie œuvre missionnaire commence, il n’est plus seul, car l’œuvre missionnaire doit se faire en équipe. C’était nécessaire déjà pour des raisons pratiques, car les voyages étaient dangereux et le travail était dur et épuisant. Mais il y avait aussi une raison théologique qui se trouve dans la consigne de Jésus en Mc 6,7 : « Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux… » Cette consigne se réfère à une réalité de l’AT pour lequel seulement le témoignage d’au moins deux témoins est valable. « Un seul témoin ne peut suffire pour convaincre un homme de quelque faute ou délit que ce soit ; quel que soit le délit, c’est au dire de deux ou trois témoins que la cause sera établie » (Dt 19,15).
Paul a trouvé ses coopérateurs surtout dans la communauté chrétienne d’Antioche en Syrie. En Ac 11,25-26, nous lisons : « Barnabé partit alors chercher Saul à Tarse. L’ayant trouvé, il l’amena à Antioche. Toute une année durant ils vécurent ensemble dans l’Eglise et y instruisirent une foule considérable. C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de « chrétiens ».
La communauté d’Antioche était formée par des chrétiens qui avaient été expulsés de Jérusalem. Là, à Antioche, les chrétiens juifs gagnaient aussi des Grecs et les intégraient dans leur communauté. Au lieu de les circoncire, on les baptisait. « Ceux-là donc qui avaient été dispersés lors de la tribulation survenue à l’occasion d’Eetienne poussèrent jusqu’en Phénicie, à Chypre et à Antioche, mais sans prêcher la parole à d’autres qu’aux Juifs. Il y avait toutefois parmi eux quelques Chypriotes et Cyrénéens qui, venus à Antioche, s’adressaient aussi aux Grecs, leur annonçant la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus. La main du Seigneur les secondait, et grand fut le nombre de ceux qui embrassèrent la foi et se convertirent au Seigneur » (Ac 11,19-20).
Or, puisqu’on ne demandait pas aux païens de se faire circoncire pour devenir chrétiens, on avait rompu avec la synagogue. C’est alors que les Juifs commencèrent à les appeler « chrétiens ».
Ac 13,1 mentionne le nom de quelques membres de la communauté chrétienne d’Antioche : « Il y avait dans l’Eglise à Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabé, Syméon appelé Niger, Lucius de Cyrène Manaën, ami d’enfance d’Hérode le tétrarque, et Saul. » Ils sont appelés « prophètes » et « docteurs ». Les spécialistes en tirent la conclusion que cette Eglise n’avait pas encore de presbyterium. Par contre, celle de Jérusalem en avait. Car là, on parle d’apôtres, mais aussi d’anciens (presbyteroi).
Après Rome et Alexandrie, Antioche était la 3ème des villes importantes de l’empire romain. Au temps de Paul, elle comptait un demi million d’habitants dont environ 50 000 Juifs. Il y avait aussi beaucoup de prosélytes, c’est-à-dire des païens devenus juifs. Antioche fut appelée la « belle ». On y parlait grec. Seulement la population simple et la population rurale alentour parlaient syrien. Aussi les Juifs et les chrétiens d’Antioche parlaient-ils plutôt grec. Cela signifie qu’ils appartenaient à la classe moyenne et intellectuelle de la ville. Aussi Paul ne parlait-il pas syrien, mais grec. Il n’avait donc pas adressé l’Evangile aux gens simples de la ville et de la campagne, ceux-là donc qui étaient incapables de communiquer en grec.
A partir d’Antioche, Paul entreprit son 1er voyage missionnaire. Ac 13,2 en parle : « Or, un jour, tandis qu’ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : ‘Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. Alors après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent à leur mission. »
Dans les Actes des Apôtres, Luc trace une route exacte de ce 1er voyage missionnaire. Ce voyage les mena, par bateau, de Séleucie à Salamine à Chypre, la patrie de Barnabé, puis de là, à Paphos où ils s’embarquèrent pour Pergé en Pamphylie (Asie Mineure). De là, ils allèrent à pied à Antioche en Pisidie, puis à Lystres, et Derbé en Lycaonie. « Là aussi, ils annoncèrent la Bonne Nouvelle », dit Luc en Ac 14,7. Un épisode douloureux qui a eu lieu à Lystres était la lapidation de Paul à laquelle l’apôtre a survécu. « Survinrent alors d’Antioche et d’Iconium des Juifs qui gagnèrent les foules. On lapida Paul et on le traîna hors de la ville, le croyant mort. Mais comme les disciples faisaient cercle autour de lui, il se releva et rentra dans la ville. Et le lendemain, avec Barnabé, il partit pour Derbé. En 2 Co 11,25, Paul se réfère à cette lapidation. « …j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois j’ai été battu de verges ; une fois lapidé… »
Tout le 1er voyage missionnaire a duré entre 6 mois et deux ans. Puis, les missionnaires retournèrent à Antioche en Syrie : « …ils descendirent à Attalie ; de là ils firent voile vers Antioche d’où ils étaient partis, recommandés à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient à accomplir. A leur arrivée, ils réunirent l’Eglise et se miret à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi. Ils demeurèrent ensuite assez longtemps avec les disciples » (Ac 14,25-28).
2°) Ledit « Concile » des Apôtres et l’incident à Antioche
Le terme « Concile » est un peu anachronique. Il serait mieux de parler d’ »assemblée ». Voici comment on y est arrivé : « Cependant, certaines gens descendus de Judée (à Antioche) enseignaient aux frères : ‘Si vous ne vous faites pas circoncire, vous ne pouvez être sauvés.’ Après bien de l’agitation et une discussion assez vive engagée avec eux par Paul et Barnabé, il fut décidé que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem auprès des apôtres et des anciens pour traiter de ce litige » (Ac 15,1-2). Dans sa lettre aux Galates, Paul met un autre accent : « Ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi. J’y montai à la suite d’une révélation ; et je leur exposai l’Evangile que je prêche parmi les païens - mais séparément aux notables, de peur de courir ou d’avoir couru pour rien. Eh bien ! de Tite lui-même, mon compagnon qui était grec, on n’exigea pas qu’il se fît circoncire » (Ga 2,1-2). Les Actes des Apôtres décrivent les discussions parfois dures mais franches -d’ailleurs non seulement avec les Apôtres et les anciens, mais aussi en public, devant toute la communauté. On est parvenu à un compromis, surtout grâce aux interventions de Pierre et de Jacques : « C’est pourquoi je juge, moi, dit Jacques, qu’il ne faut pas tracasser ceux des païens qui se convertissent à Dieu. Qu’on leur demande seulement de s’abstenir de ce qui a été souillé par les idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées et du sang » (Ac 15,19- 20). Ce compromis permettait que dans les communautés mixtes de judéo- et pagano-chrétiens, comme celle d’Antioche, les deux groupes puissent manger ensemble à la même table. Mais il est évident que, pour ce compromis, les lois de Moïse n’ont plus de valeur salvifique ; elles sont devenues des coutumes purement sociales et culturelles. Et c’était cela qui était important pour Paul qui était convaincu que « l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ » (Ga 2,16).
Dans la lettre aux Galates, le compromis trouvé à Jérusalem semble être un peu différent de ce que Luc nous raconte dans les Actes des Apôtres. En effet, nous lions ceci : « …et reconnaissant la grâce qui m’avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision. ; nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément, j’ai eu à cœur de faire » (Ga 2,9-10). Peut-être les clauses dites « de Jacques », le comrpromis donc, datent d’un temps postérieur à l’assemblée des Apôtres, mais Luc les a intégrées déjà ici.
En tout cas, l’assemblée de Jérusalem semble avoir réussi à sauvegarder l’unité de l’Eglise, mais pas définitivement, car la minorité des judéo-chrétiens qui avait perdu, ne se résignait pas, mais a encore dérangé l’Eglise, surtout dans les communautés fondées par Paul et à Antioche. Il semble que même Barnabé se soit mis de leur côté. Car si à Antioche, par exemple, les clauses de Jacques étaient respectées, on n’aurait pas connu l’éclat dont nous parle Ga 2,11-14 : « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux. »
A Antioche, la communion de table était rompue entre judéo- et pagano-chrétiens. Pour Paul, c’était insupportable et scandaleux. Pour cela, il s’est publiquement, devant toute la communauté, opposé à Pierre qu’il qualifie d’ »hypocrite » et de quelqu’un qui « a abandonné la vérité de l’Evangile ». C’est très fort cela ! Est-ce que Paul met en question l’autorité de Pierre ? Pas du tout ! Au contraire, même les exégètes protestants disent que juste cet incident montre que Pierre était l’autorité pour Paul, seulement d’après Paul, aussi l’autorité suprême n’est pas au-dessus de l’Evangile, mais tenue à respecter la vérité de l’Evangile. Et ceci reste vrai jusqu’aujourd’hui. En « Dei Verbum », n° 10, nous lisons que le Magistère de l’Eglise
« n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert… »
Paul ne nous dit pas quelle solution on avait trouvé pour le conflit à Antioche. Est-ce qu’il n’a pas réussi à obtenir une solution, par exemple les clauses de Jacques ? Ou est-ce cela qui fut la solution ? En tout cas, Paul se sépara de Barnabé et quitta Antioche pour son deuxième voyage missionnaire. Luc décrit cet événement un peu différemment en Ac 15,36-40 : « Quelque temps après, Paul dit à Barnabé : ‘Retournons donc visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont. Mais Barnabé voulait emmener aussi Jean, surnommé Marc ; Paul, lui, n’était pas d’avis d’emmener celui qui les avait abandonnés en Pamphylie et n’avait pas été à l’œuvre avec eux. On s’échauffa, et l’on finit par se séparer. Barnabé prit Marc avec lui et s’embarqua pour Chypre. De son côté, Paul fit choix de Silas et partit, après avoir été confié par les frères à la grâce de Dieu. »
3°) Deuxième voyage missionnaire
En Ac 15,41-16,2, nous lisons la suite : « Il traversa la Syrie et la Cilicie, où il affermit les Eglises. Il gagna ensuite Derbé, puis Lystres. Il y avait là un disciple nommé Timothée, fils d’une juive devenue croyante, mais d’un père grec.. Paul décida de l’emmener ave lui. » En ce qui concerne Timothée, lisons encore 2 Tm 1,5 : « J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui,d’abord, résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice et qui, j’en suis convaincu, réside également en toi. » Timothée était le coopérateur le plus fidèle de Paul. En Ph 2,19-22, il dit de lui : « J’espère du moins, dans le Seigneur Jésus, de vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être soulagé moi-même en obtenant de vos nouvelles. Je n’ai vraiment personne qui saura comme lui s’intéresser d’un cœur sincère à votre situation : tous recherchent leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ. Mais lui, vous savez qu’il a fait ses preuves : c’est comme un fils auprès de son père qu’il a servi avec moi la cause de l’Evangile. » Avec Timothée et Silas (ou Sylvain), Paul se rendit d’abord d’Antioche en Syrie à Antioche en Asie Mineure. De là, ils arrivèrent dans la région des Galates. « Ils parcoururent la Phrygie et le territoire galate » (Ac 16,6). C’est là où une maladie obligea Paul à rester et à évangéliser les Galates. « Vous le savez, dit-il aux Galates, ce fut une maladie qui me donna l’occasion de vous évangéliser la première fois, et, malgré l’épreuve que vous était ce corps infirme, vous n’avez marqué ni mépris ni dégoût, mais vous m’avez accueilli comme un ange de Dieu comme le Christ Jésus… je vous rends ce témoignage : s’il avait été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner » (Ga 4,13-15). De quelle maladie s’agit-il ? Maladie d’yeux ? Ou est-ce que par la lapidation qu’il avait subu, son aspect physique était devenu dégoûtant ? En tout cas, il avait gagné les Galates pour la foi au Christ.
Les Galates étaient des Celtes, comme les Gaulois. Mais la population des villes était hellénisée et romanisée. Ce sont ceux-là auxquels Paul adressa l’Evangile. Car les gens dans les villages parlaient une langue celte et ne comprenaient pas le grec. Nous avons déjà vu ce même phénomène à Antioche. Paul évangélise uniquement les gens avec lequels il peut communiquer en langue grecque.
Mais ce qui est important est plutôt ceci : la maladie était pour Paul un élément essentiel de l’annonce de l’Evangile chez les Galates. Elle fait comprendre pourquoi, dans sa prédication, il a mis l’accent sur les souffrances et la croix du Christ. « A vos yeux, dit-il aux Galates, ont été dépeints les traits de Jésus Christ en croix » (Ga 3,1). Dans ce cadre d’idées, il souligne ses propres souffrances comme une participation à la croix du Christ. « Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde » (Ga 6,14).
Après ses activités de quelques mois chez les Galates, Paul s’est rendu à Troas. En Ac 16,7-8, il est dit : « Parvenus aux confins de la Mysie, ils tentèrent d’entrer en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Ils traversèrent donc la Mysie et descendirent à Troas. » Troas était une ville romaine avec un port important. Là avait lieu un événement qui était d’une importance capitale pour l’histore de l’Eglise. Luc nous le décrit en Ac 16,9-10 : « Or, pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien était là, debout, qui lui adressait cette prière : ‘Passe en Macédoine, viens à notre secours !’ Aussitôt après cette vision, nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, persuadés que Dieu nous appélait à y porter la Bonne Nouvelle. » C’est ainsi que l’Evangile est parvenu en Europe. Par bateau, Paul se rendit de Troas à Néapolis qui était le port de Philippe « Embarqués à Troas, nous cinglâmes droit sur Samothrace, et le lendemain sur Néapolis, d’où nous gagnâmes Philippes, cité de premier rang de ce district de Macédoine et colonie » (c’est-àdire colonie romaine). C’était un voyage de deux jours qui s’effectuait au printemps ou en été, car du 11 novembre au 10 mars, on ne voyageait pas, à cause des tempêtes. C’était le temps dit de « mare clausum ». De Néapolis, Paul et ses compagnons choisirent la route réputée et appelée « Via Egnatia » qui liait Constantinople à la Mer adriatique. Des ports de la Mer adriatiaque, il était facile d’aller jusqu’à Rome ! Est-ce que Paul avait déjà l’idée de s’y rendre ? En Rm 1,13 il dit que par plusieurs fois, il avait l’intention d’aller à Rome ; « Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j’ai souvent projeté de me rendre chez vous - mais j’en fus empêché jsuqu’ici… » Quel était l’obstacle l’empêchant d’aller à Rome ? C’était peut-être l’édit de l’empereur Claude ordonnant aux Juifs de quitter Rome. Ac 18,1-3 en parle : « Paul s’éloigna d’Athénes et gagna Corinthe. Il y trouva un Juif nommé Acquilas, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec Priscille, sa femme, à la suite d’un édit de Claude qui ordonnait à tous les Juifs de s’éloigner de Rome. » C’était probablement en l’an 49 apr. J.-C. d’après l’écrivain romain Suéton.
Donc, prenant la « Via Egnatia », Paul arriva d’abord à Philippes, après une marche de 20 km. Philippes était une colonie romaine. Une fois, Paul appelle les habitants de Philippes comme ils s’appellaient eux-mêmes « Philippesioi » (Ph 4,15) au lieu de « Philippoi » ou « Philippeis ». « Philippesioi » est un latinisme. Peut-être Paul savait aussi communiquer en latin. En tout cas, quand avec Paul et ses deux compagnons, les premiers missionnaires foulaient pour la première fois le sol européen, l’évangélisation de l’Europe avait commencé. Paul reconnaît l’importance de cet événement. En Ph 4,15-16, il dit : « Vous le savez vous-mêrmes, Philippiens : dans les débuts de l’Evangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Eglise ne m’assista par mode de contributions pécunières ; vous fûtes les seuls, vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin. » Luc décrit ce début de l’évangélisaiton de l’Europe en Ac 16,13-15 : « Puis, le jour du sabbat, nous nous rendîmes en dehors de la porte, sur les bords de la rivière, où l’on avait l’habitude de faire la prière. Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elle, nommée Lydie, nous écoutait ; c’était une négociante en pourpre, de la ville de Thyatire ; elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul. Après avoir été baptisée ainsi que les siens, elle nous fit cette prière : ‘Si vous me tenez pour une fidèle du Seigneur, venez demeurer dans ma maison.’ Et elle nous y contraignit. »
La communauté de Philippe fut donc fondée, la seule de laquelle Paul acceptait du support financier, comme nous l’avons vu en Ph 4,14-17. Les chrétiens de Philippe se sont aussi beaucouop engagés à la propagation de l’Evangile. « Car je me rappelle la part que vous avez prise à l’Evangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant » (Ph 1,5). Le séjour à Philippe fut brusquement interrompu. Ac 16, 16 ss en parle. Paul avait délivré d’un esprit dévinateur une servante. « Mais ses maîtres, voyant disparaître leurs espoirs de gain, se saisirent de Paul et de Silas…et après avoir fait arracher leurs vêtements, ordonnèrent de les battre de verges. Quand ils les eurent bien roués de coups, ils les jetèrent en prison. » Nous connaissons la délivrance merveilleuse des missionnaires par un tremblement de terre. Mais, « effrayés en apprenant qu’ils étaient citoyens romains, ils vinrent les presser de quitter la ville. Au sortir de la prison, Paul et Silas se rendirent chez Lydie, revirent les frères et les exhortèrent, puis ils partirent. »
De Philippe, les missionnaires allèrent à Thessalonique, toujours par la Via Egnatia. C’était dans la stratégie missionjnaire de St Paul de s’y arrêter et évangéliser, parce que Thessalonique que Livius appelle « urbs celeberrima » était une importante capitale de province. Voici ce que Paul dit au sujet de son travail à Thessalonique : « Vous-mêmes savez, frères, comment nous sommes venus chez vous, que ce ne fut pas en vain. Nous avions, vous le savez, enduré à Philippe des souffrances et des insultes, mais notre Dieu nous a accordé de prêcher en toute hardiesse devant vous l’Evangile de Dieu…cherchant à plaire non pas aux hommes mais à Dieu qui éprouve nos cœurs. Jamais non plus nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, ni une arrière-pensée de cupidité, Dieu en est témoin ; ni recherché la gloire humaine, pas plus chez vous que chez d’autres, alors que nous pouvions, étant apôtres du Christ, vous faire sentir tout notre poids. Au contraire, nous nous sommes faits tout aimables au milieu de vous. Comme une mère nourrit ses enfants et les entoure de soins, telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer, en même temps que l’Evangile de Dieu, notre propre vie, tant vous nous étiez denevus chers. Vous vous souvenez, frères, de nos labeurs et fatigues : de nuit comme de jour, nous travvaillions, pour n’être à la charge d’aucun de vous, tandis que nous vous annoncions l’Evangile de Dieu » (1 Th 3,1-9).
De Thessaloniques, Paul, quittant la Via Egnatia, se dirigea vers le sud, vers Athènes. De là, Paul envoya Timothée à Thessalonique : « Aussi, n’y tenant plus, nous avons pris le parti de demeurer seuls à Athènes, et nous avions envoyé Timothée, notre frère et le collaborateur de Dieu dans l’Evangile du Christ, pour vous affermir et réconforter dans votre foi » (1 Th 3,1-2).
A Athènes, Paul aurait voulu fonder une communauté chrétienne, mais sans grand succès. L’obstacle était l’orgueil de la sagesse humaine. Nous le savons par le discours grandiose de Paul sur l’Aéropage, rapporté par Luc. « A ces mots de résurrection des morts, les autres disaient : ‘Nous t’entendrons là-dessus une autre fois.’ C’est ainsi aque Paul se retira du milieu d’eux » (Ac 17,32-33). Mais à Athènes, il a quand même gagné quelques adeptes : « Quelques hommes cependant s’attachcèrent à lui et embrassèrent la foi. Denys l’Aéropagite fut du nombre. Il y eut aussi une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux » (Ac 17,34).
D’Athènes, Paul alla à Corinthe, à une distance de 90 km. La ville de Corinthe était pareille à Philippe, une colonie romaine où on parlait grec et latin. L a ville comptait à peu près 100.000 habitants. Mais étant une ville portuaire, Corinthes connaissait aussi les misères de ces villes : beaucoup d’esclaves y travaillaient, la prostitution y florissait, la corruption et la violence y étaient à l’ordre du jour. L’apôtre a œuvré à Corinthe un an et demi. C’est ce que nous lisons en Ac 11,11 : « Il séjourna là un an et six mois, enseignant aux gens la parole de Dieu.» Pour lui, c’était une grande chance d’avoir rencontré Aquilas et Prisca ou Priscille, le couple qui avait quitté Rome, suite à un édit de l’empereur Claude. Ils étaient juifs et peut-être déjà judéo-chrétiens (donc à Rome, il y avait déjà des chrétiens !). Les deux avaient le même métier que Paul : fabriquants de tentes. « Après cela, Paul s’éloigna d’Athènes et gagna Corinthe. Il y trouva un Juif nommé Acquilas, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec Priscille, sa femme, à la suite d’un édit de Claude qui ordionnait à tous les Juifs de s’éloigner de Rome. Il se lia à eux, et, comme ils étaient du même métier, il demeura chez eux et y travailla. Ils étaient de leur état fabriquants de tentes » (Ac 18,1-3). Entretemps, Thimothée était revenu de Thressaloniques. Paul en parle en 1 Th 3,6: « Maintenant, Thimothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité. » Assi Silas était de nouveau avec Paul et Thimothée. C’est alors que les trois écrivent, à Corinthe, la 1ère lettre aux Thessaloniciens, le tout premier écrit du NT ! « Paul, Silvain et Thimothée, à l’Eglise des Thessaloniociens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ » (1 Th 1,1). C’était en lm’an 50.
La majorité des chrétiens à Corinthe étaient des gens simples et pauvres : « Aussi bien, frères, considérez votre appel : il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup den gens bien nés » (1 Co 1,26). Pour Paul, c’est aussi une analogia crucis : « Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse. Non, je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (1 Co 2,1-2).
Bien que Paul soit convaincu d’avoir reçu par une révélation directe du Ressuscité l’Evangile qu’il prêche aux Corinthiens, il ne veut pas être un combattant solitaire, mais exhorte les fidèles à accepter ce qui lui a été transmis, à lui aussi : « Je vous rappelle, frères, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et dans lequel vous demeurez fermes,par lequel aussi vous vous sauvez, si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; sinon, vous auriez cru en vain. Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze » (1 Co 15,1-5). Il leur a aussi transmis la célébration de l’Eucharistie : « Pour moi, en effet, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain… » (1 Co 11,23).
Paul oeuvrait donc à Corintne pendant un an et demi. Les Juifs s’opposaient alors à lui et à sa prédicatiobn. « Alors que Gallion était proconsul d’Achaïe, les Juifs se soulevèrent d’un commun accord contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal…(Ac 18,13). Les Actes des Apôtres continuent en disant : « Paul resta encore un certain temps à Corinthe, puis il prit congé des frères et s’embarqua pour la Syrie ; Priscille et Acquilas l’accompagnaient » (Ac 18,18). « Vers la Syrie » veut dire à Antioche d’où il était parti. Mais d’abord, ils firent escale à Ephèse. Après avoir fait un petit crochet à Jérusalem et à Antioche en Syrie, Paul retourna à Ephèse d’où il partit pour son 3ème voyage missionnaire.
4°) Troisième voyage missionnaire
Après Antioche en Syrie, Ephèse en Asie Mineure devint le nouveau centre missionnaire pour Paul. Il y restait pendant trois ans. Ephèse était une ville portuaire romaine très importante à la côte occidentale de l’Asie Mineure. Beaucoup de routes partaient d’Ephèse et menaient à l’intérieur du pays. Le temple de la déesse Artemis était un lieu de pèlerinage qui attirait beaucoup de monde et enrichissait la ville. Il y avait un théâtre et une bibliothèque réputés. C’était une ville de luxe. Au temps de Paul, Ephèse comptait environ 200.000 habitants, des Romains, des Grecs, ds Juifs et des Orientaux. Il est évident qu’elle attirait l’apôtre Paul qui était un missionnaire des grandes villes où il pouvait rencontrer beaucoup de monde et les gagner pour la foi au Christ. . En plus, Acquilas et Priscille y étaient, où Paul pouvait loger. Les deux avaient fondé une petite communauté chrétienne à Ephèse. Paul le dit dans sa première lettre aux Corinthiens qu’il a écrite justement à Ephèse : « Les Eglises d’Asie vous saluent, Acquilas et Prisca vous saluent bien dans le Siegneur, ainsi que l’assemblée qui se réunit chez eux » (1 Co 16,19).
A Ephèse, Paul a reçu beaucoup d’émissaires des communautés qu’il avait fondées en Asie Mineure et en Europe ; C’est là où il a écrit la plupart de ses lettres.
Tout d’abord, c’étaient des nouvelles dramatiques qui lui étaient parvenues des communautés galates. Des judéo-chrétiens venus de Jérusalem y avaient semé des troubles en exigeant que les pagano-chrétiens se fassent circoncire. »Je m’étonne quez si vite vous abandonniez Celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un second évangile » (Ga 1,6). C’est dans ce contexte que Paul a développé sa théologie de la justification : « …sachant que l’homme n’est pas justifié pae la pratique de la Loi, mais seulement pas la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obrenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié » (Ga 2,16).
C’est aussi à Ephèse que Paul a écrit plusieurs lettres aux Corinthiens : d’abord la 1ère lettre, puis plusieurs lettres rassemblées dans l’actuelle 2ème lettre aux Corinthiens.Les lettres aux Corinthiens ont un tout autre caractère que la lettre aux Galates. Elles nous font connaître des problèmes multiples de la jeune communauté chrétienne à Corinthe. Mais à Corinthe, il y avait aussi des gens réactionnaires qui agissaient contre l’Evangile de Paul et contre son autorité apostolique. L’apôtre répond : « Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur ? Si pour d’autres je ne suis pas apôtres, pour vous du moins je le suis ; car c’est vous qui, dans le Seigneur, êtes le sceau de mon apostolat » (1 Co 9,1-2). Nous devons à ceux à Coreinthe qui niaient la résurrection d’entre les morts, le plus ancien Crédo chrétien en 1 Co 15,3-5 : « Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze. » En 1 Co 12, Paul veut faire comprendre que les multiples charismes et directions de pensée ne sont pas une faiblesse, mais une chance de bonheur pour édifier l’Eglise, le Corps mystique du Christ.
C’est aussi à Ephèse que Paul à écrit la lettre aux Philippiens et celle à Philémon. A partir d’Ephèse, Paul avait aussi fait une brève visite à Corinthe. « Je décidai donc de ne pas revenir chez vous dans la tristesse » (2 Co 2,1). Et d’après 2 Co 1,16-17, il avait annoncé une autre visite encore: « C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous…puis de chez vous passer en Macédoine et de Macédoine revenir chez vous ; et vous m’auriez achéminé vers la Judée . » Plusieurs fois, il avait envoyé Tite à Corinthe, surtout pour organiser la collecte pour les chrétiens de Jérusalem. « Quant à la collecte en faveur des saints, suivez, vous aussi, les instructions que j’ai données aux Eglises de la Galatie. Que le premier jour de la semaine, chacun de vous mette de côté chez lui ce qu’il aura pu épargner, en sorte qu’on n’attende pas que je vienne recueillir les dons. Et une fois près de vous, j’enverrai, munis de lettres, ceux que vous aurez jugés aptes, porter vos libéralités à Jérusalem ; et s’il vaut la peine que j’y aille aussi, ils feront le voyage avec moi. J’irai chez vous après avoir traversé la Macédoine ; car je passerai par la Macédoine. Peut-être séjournerai-je chez vous ou même y passerai-je l’hiver, afin que ce soit vous qui m’achéminiez vers l’endroit où j’irai. Car, cette fois-ci, je ne veux pas vous voir juste en passant ; j’espère bien rester quelque temps chez vous, si le Seigneur le permet. Toutefois je resterai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte ; car une porte y est ouverte toute grande à mon activité, et les adversaires sont nombreux » (1 Co 16,1-9). En 1 Co 15,31-32, il parle des souffrances subies par ses adversaires à Ephèse : « Chaque jour je suis à la mort…Si c‘est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre les bêtes à Ephèse, que m’en revient-il ? » Et en 2 Co 1,8-10, il précise : « Car nous ne voulons pas que vous l’ignoriez, frères : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablés à l’excès, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. » Ce dernier texte insinue une captivité de Paul à Ephèse. Pour cela, il commence sa lettre à Philémon en disant : « Paul, prisonnier du Christ Jésus » et il continue : « Celui qui va parler, c’est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus » (Ph 1 et 9). En Ph 1,13 il dit : « Je désire que vous le sachiez, frères, mon affaire a tourné plutôt au profit de l’Evangile : en effet, dans tout le Prétoire (= la résidence du gouverneur) et partout ailleurs, mes chaînes ont acquis, dans le Christ, une vraie notoriété, et la pluspart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la Parole. »
Paul fut libéré de la prison d’Ephèse et partit encore une fois en Europe, en Macédoine et en Grèce. « J’arrivai donc à Troas pour l’Evangile du Christ, et, bien qu’une porte me fût ouverte dans le Seigneur, mon esprit n’eut point de repos, parce que je ne trouvai pas Tite, mon frère. Je pris donc congé d’eux et partit pour la Macédoine » (2 Co 3,12-13). Enfin, Paul retrouve Tite, probablement à Thessalonique. « De fait à notre arrivée en Macédoine, notre chair ne connut pas de repos. Partout des tribulations ! Au-dehors, des luttes ; au-dedans, des craintes. Mais Celui qui console les humiliés, Dieu, nous a consolés par l’arrivée de Tite » (2 Co 7,5-6). Tite lui apporta de bonnes nouvelles de Corinthe : « …et non seulement par son arrivée (celui de Tite), mais encore par la consolation que vous-mêmes lui aviez donnée. Il nous a fait part de votre ardent désir, de votre désolation, de votre zèle pour moi, si bien qu’en moi la joie a prévalu » (2 Co 7,7-8). Alors, Paul écrit une lettre aux Corinthiens. On la retrouve dans les chapitres 1-9 de la deuxième lettre aux Corinthiens. Puis il se rendit de nouveau personnellement à Corinthe où il a effectivement passé l’hiver, comme il l’avait annoncé. C’était en l’an 55/56. C’est pendant ce séjour à Corinthe que Paul écrit la lettre aux Romains.
Par cette lettre à une communauté qu’il n’avait pas fondée lui-même et qu’il ne connaissait pas personnellemnt non plus, Paul veut préparer sa visite à Rome et son activité au-delà de Rome. En Rm 16,23-24, il dit : « depuis des années j’ai un vif désir d’aller chez vous, quand je me rendrai en Espagne…Car j’espère vous voir en cours de route et être mis par vous sur le chemin de ce pays, une fois que j’aurai un peu savouré la joie de votre présence. » Par sa lettre, Paul veut aussi présenter aux chrétiens à Rome sa propre personne et sa pensée théologique. Il expose d’une façon moins polémique mais plus équilibrée que dans la lettre aux Galates, sa théologie de la justification. « Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ… Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi » (Rm 3,21-22.28). De l’autre côté, Paul sauvegarde l’importance de la Loi aussi pour les chrétiens. « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la Loi…La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi en sa plénitude » (Rm 13,9-10). Pour Paul, la foi est la foi vécue, c’est-à-dire réalisée par les œuvres de la charité.
Très importantes sont aussi les pensées de Paul au sujet des Juifs. En Th 2,15 il était encore très polémique et même antisémite, prononçant des phrases injustifiables dont il faut se distancer : « Ces gens-là (les Juifs) ont mis à mort Jésus le Seigenur et les prophètes, ils nous ont persécutés, ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes, quand ils nous empêchent de prêcher aux païens leur salut, mettant ainsi en tout temps le comble à leurs péchés ; et elle est tombée sur eux, la colère de Dieu, pour en finir. » Mais en Rm 11,2.29, il dit tout le contraire : « Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné..Ennemis, il est vrai, selon l’Evangile, à cause de vous, ils sont, selon l’Election, chéris à cause de leurs pères. Car les dons de l’appel de Dieu sont san repentance. » En effet, le fait que ses frères et sœurs juifs n’acceptaient pas la foi au Christ l’a fait souffrir beaucoup. « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point - ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint -, j’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon cœur. Car je sohaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair » (Rm 9,1-5).
La lettre aux Romains est l’écrit le plus systématique de St Paul. Elle comprend deux grandes parties : chapitres 1-11, la partie théologique ou dogmaqtique et, chapitres 12-15, la partie éthique ou morale. Cette bipartition a une grande importance théologique. Le fodement de la foi chrétienne est, pour Paul, ce que Dieu a fait pour nous, les hommes. Et seulement après cela, on peut parler de ce que nous devons faire. L’agir de l’homme est la réponse à l’agir de Dieu.
De Corinthe Paul retourna une dernière fois à Jérusalem pour y déposer la collecte qu’il avait organisée dans les communautés fondées par lui. Mais ce geste de générosité a tourné en drame pour lui. Il fut arrêté par les Romains, livré non pas par des juifs, mais par des chrétiens, des judéo-chrétiens, ses adversaires depuis Antioche. J’ai dit drame, parce que cette arrestation l’a amené à Rome où il a subi le martyre.
L’activité de l’apôtre nous montre que la vie de l’Eglise n’était pas toujours une vie rose et harmonieuse. Il est admirable de voir que Paul a défendu jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie, ce qu’il avait reconnu comme le vrai Evangile. Sans lui, l’Eglise ne serait pas devenue une Eglise universelle, mais serait restée une secte juive et ainsi une note marginale dans le livre de l’histoire. Mais graâce à la conséquence avec laquelle Paul a lutté pour ce qu’il a reconnu comme le vrai Evangile, lEglise est devenue une Eglise universelle et Paul, l’apôtre des nations
Homélie
L’événement-clé pour Paul était sa conversion sur le chemin de Damas. C’est là où il a reçu sa vocation. Lui-même en parle en Ga 1,1 : « Paul, apôtre, non de la part des hommes ni par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père. »
Paul décrit sa vocation comme un événement qui s’insère dans la tradition des vocations prophétiques de l’AT. « Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce, daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens… » (Ga 2,15-16). Par ces paroles, Paul se réfère à la vocation du prophète Jérémie. En effet, Dieu dit en Jr 1,5: « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu, avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré, comme prophète des nations je t’ai établi. » On peut aussi penser au Serviteur de Yahvé qui dit en Is 49,1 : « Yahvé m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère, il a prononcé mon nom. » N’oublions pas que notre vocation sacerdotale s’insère dans cette tradition-là !
Paul se comprend donc comme prophète plutôt que comme théologien. En effet, sa péoccupation n’était pas la présentation systématique de la doctrine de foi, mais l’annonce de la vérité et de la volonté de Dieu pour une situation concrète et actuelle. Cet annonce est sa mission et sa tâche à laquelle il se sent presqueappelé par coercition : « Annoncer l’Evangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’et une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi, si je n’annonçais pas l’Evangile ! » (1 Co 9,16).
L’expérience de la révélation de Dieu sur le chemin de Damas et sa vocation d’apôtre des nations divise la vie de Paul en un « avant » et un »après ». Or, ce tournant biographique est étroitement lié à la résurrection du Christ, car sur le chemin de Damas, il s’agit de la dernière apparition du Ressuscité.
« En tout dernier lieu, il est apparu à moi aussi, comme ç ol’avorton » (1 Co 15,9).
Paul a fait l’expérience qu’une nouvelle ère a déjà commencée. Cette nouvelle ère est un temps de salut, de libération et de victoire sur le mal et sur la mort. Et Paul est convaincu que chaque chrétien peut faire une telle expérience d’un « avant » et d’un « après ». En Ga 3,23ss il dit : « Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, réservés à la foi qui devait se révéler…Mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. »
Du point de vue de Dieu, la victoire de la vie sur la mort est déjà chose faite en Jésus Christ mort et ressuscité, mais elle doit encore frayer son chemin dans le monde. Cependant, ceux qui, par la foi et par le baptême, sont insérés dans l’événement de la mort et de la résurrection du Christ et dans la communauté de ceux qui croient au Christ, sont déjà une « création nouvelle ». « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle » (2 Co 5,17).
Etant marqué de cette expérience, Paul peut dire en Ga 2,20 : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » Tout ce qui est « avant » ou qui est « en-dehors » de cette expérience christique, n’a plus d’importance en soi, mais a été relativisé, n’ayant plus de signification qu’en rapport avec le Christ. C’est cela comme la théorie théologique de la relativité. « Désormais je considère tout commme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, et d’être trouvé en lui…le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir …à ressusciter d’entre les morts » (Ph 3,8-11).
On sent que Paul parle vraiment de ce dont il a fait l’expérience lui-même. Sainte Thérèse d’Avila aurait dit, après ses expériences mystiques : « Désormais je ne parlerai plus que de ce dont j’ai fait l’expérience moi-même. » C’est un appel à nous, d’abord de faires des expériences spirituelles et puis, de les communiquer aux autres. Nous communiquons trop souvent les pensées et les idées d’autres personnes. Mais nos propres expériences rendraient nos paroles plus efficaces et surtout plus crédibles.
L’expérience de Paul n’a pas seulement une dimension profondément personnelle, mais aussi une dimension communautaire. Car là où l’intervention libératrice de Dieu, manifestée dans la résurrection du Christ, devient la mesure de toute chose, là les frontières sont brisées, toutes le distinctions sont dépassées, car là se forme une communauté de frères et de souers. « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,27-28).
La « mystique » de Paul, c’est-à-dire sa certitude de foi nourrie par l’expérience personnelle, a donc trois dimensions : la dimension biographique et personnelle, la dimension communautaire et la dimension politico-sociale. Il faut que nous fassions la même expérience tridimensionnelle !
Saisi par la foi en la résurrection du Christ, Paul est devenu « missionnaire », c’est-à-dire messager de l’Evangile de salut destiné à tous le hommes sans distinction et sans exception. Son grand souci ne se porte pas tellement à ceux qui croient déjà au Dieu d’Israël et confessent même déjà Jésus comme le Messie et Rédempteur, mais à ces endroits-là où l’Evangile du Christ n’est pas encore arrivé. « Ainsi depuis Jérusalem jsuqu’à l’Illyrie, j’ai procuré l’accomplissement de l’Evangile du Christ, tenant de la sorte à honneur de limiter cet apostolat aux régions où l’on n’avait pas encore invoqué le nom du Christ » (Rm 15,19-20). De ce point de vue, les lettres de Paul, adressées à des communautés de croyants déjà existentes, ne sont pas tellement un témoignage de la première évangélisation, mais plutôt de ce qu’il faut faire après, c’est-à-dire l’approfondissement de la foi. Un missionnaire a donc cette double tâche : la première évangélisation, bien sûr, mais aussi l’approfondissement de la foi de ceux qui croient déjà au Christ. Et ceci peut aussi se faire par écrit, comme Paul l’a fait par ses lettres ! C’est le fondement biblique du travail avec les média !
Pour accomplir son œuvre de missionnaire, Paul n’était pas un combattant solitaire, comme certains le pensent. Non, il a œuvré en équipe.Cependant il n’avait pas seulement des coopérateurs et coopératrices, mais il était lui-même un coopérateur, un frère et compagnon. Par exemple 2 Co 8,23 : « Pour ce qui est de Tite, c’est mon associé et coopérateur auprès de vous ; quant à nos frères, ce sont les envoyés (en grec « apostolloi ») , des Eglises, la gloire du Christ. » Aussi quand Paul mentionne, dans ses lettres, d’autres personnes comme co-auteurs de ces lettres, ou quand il transmet les salutations des communautés d’où il envoie ses lettres, il ne s’agit pas d’un décor de politesse, mais de l’expression du fait qu’il était lui-même membre de la communauté, marqué par le style de vie, les cantiqus et les prières de cette communauté-là.
Travail en équipe et insertion dans le reseau du mouvement chrétien, c’est-à-dire dans la vie et dans la tradition de l’Eglise, étaient essentiels pour le travail missionnaire de Paul. Nous ne devrions pas faire autrement.
J’aimerais encore diriger notre attention sur le cœur de la théologie de St Paul, la justification par la foi. Un texte central à ce sujet est Ga 2,16-17 : « Sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié. »
Parfois, la doctrine de la justification nous semble être trop théorique et abstraite. Mais si nous pensons à notre société moderne dans laquelle uniquement les prestations comptent, la doctrine de la justification montre sa force actuelle de libération. Car la vérité de la justification par la foi dit que chaque homme a une valeur irremplaçable devant Dieu, indépendamment de ses capacités de prestation et de sa position sociale - aussi une vie humaine limitée par des handicaps ou par des maladies.
La même chose vaut pour des situations de faiblesse, de malheur, de déception et aussi de péché, quand les hommes ne savent parfois plus comment faire face à ces expériences douloureuses. Mais pensons aussi à nos propres infidélités à l’égard de Dieu et de notre vocation sacerdotale et religieuse. Nous les religieux, nous ne pouvons pas faire appel à nos vœux, surtout si nous ne les observons pas ! Nous, les prêtres, ne pouvons pas faire appel à notre consécration sacredotale, surtout si notre vie n’y correspond pas. Nous pouvons faire appel uniquement à la miséricorde de Dieu, qui nous justifie gratuitement, c’est-à-dire qui nous met dans une relation juste avec Dieu, non pas à cause de nos œuvres, mais à cause de notre foi en Jésus Christ. Car dit St Paul « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » (Rm 11,32). Dans le mot « miséricorde », nous avons les deux mots « misère » et « cœur ». Dieu prend nos misères à son cœur, parce qu’il nous aime. « Qui se fera accusateur de ceux que Dieu a élus ? C’est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera ? …Nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rm 8,33-37). Ce Dieu-là est plus grand que notre cœur et son amour pour nous est plus fort que nos péchés, comme il est dit en 2 Tm 2,13 : « Si nous sommes infidèles, lui (Dieu) reste fidèle !